Quatre nuances de municipales.

 

Rouge.

Par un beau dimanche ensoleillé, je reçois un sms d’un camarade de la section du Parti Communiste Français du 10 ème arrondissement de Marseille me demandant si je voulais faire la campagne des municipales et rejoindre leur liste. Ni une ni deux, j’accepte bien volontiers. Les élections allaient avoir lieu au printemps et l’espoir de voir fleurir une saison rouge m’émouvait et me gonflait d’enthousiasme. Je sentais bien que cette campagne allait être très spéciale et mémorable… C’est plus tard que je comprendrai que ce ne seraitpas tout à fait comme je l’imaginais. C’était la première fois que je m’investissais autant dans une campagne. J’ai fait en sorte de participer à un maximum d’actions possibles, d’être présente dans les débats. Nos rencontres avec les électeurs étaient souvent magiques, beaucoup nous manifestaient leur soutien dans la rue et j’étais heureuse de voir que les gens croyaient toujours aux rouges, aux passionnés, aux humanistes. Nous avons également rencontrés des gens « de l’autre bord », comme ils nous disaient, lorsqu’ils étaient assez intelligents, nous discutions avec eux, nous partagions les uns et les autres nos paradigmes, nos opinions et notre vision sur le quartier. Les élections municipales sont les plus importantes à mon sens: elles touchent à la vie du quartier et tout changement se perçoit, à la différence des élections « du haut », où finalement, que ce soit de « gauche » ou de droite, la politique menée est la même, une politique au service du patronat, du libéralisme et des intérêts des actionnaires. J’étais jusqu’à présent désabusée de toujours me faire confisquer mon vote du second tour, à toujours voter contre quelqu’un. En 2012, je n’ai pas voté pour François Hollande, j’ai voté contre Nicolas Sarkozy…

Qu’à cela ne tienne, je me disais que cette fois, après vingt longues et horribles années de gaudinisme, nous allions enfin transformer Marseille en ce qu’elle doit être, une ville humaniste à l’image de son histoire, une ville de culture (et pas seulement au vu de son label de l’année dernière), une ville de tolérance et de partage. Nous devions y arriver et nous ne pouvions plus laisser confisquer Marseille par les mafieux de la droite, par les les clientélistes de tous bords et par nos voyous en costard (les plus dangereux des voyous d’ailleurs) qui se partagent la ville et en font un bastion de l’investissement pour en faire une ville de bourgeois pour attirer les bourgeois. Euromediterranée, Les Terrasses du Port, Le Stade Velodrome que JC. Gaudin veut revendre, le tunnel Prado-Sud, et je vous passe les autres projets tous plus scandaleux les uns que les autres et qui annihilent complètement la véritable volonté des marseillais. A quel moment avons nous eu le choix?

Nos listes Marseille à Gauche, L’Humain D’abord, avaient un programme de véritable transition, d’une rare pertinence et étaient parfaitement adapté aux besoins de Marseille et des ses quartiers. Redonner des services, penser écologiquement la ville, penser à réouvrir des crèches, les centres sociaux, un vrai programme, ou plutôt un vrai programme de gauche, réaliste qui coupait complètement avec les propositions démagogiques des autres partis. Je pensais que les citoyens allaient voir la différence, nous étions là, avec toute notre sincérité et notre spontanéité et j’étais persuadée (grande naïve que je suis), que ces derniers allaient comprendre que nous étions les porte-parole de leurs besoins et de leurs intérêts.

Bleu.

Durant cette campagne, j’ai appris ce qu’était le clientélisme. Jusqu’à présent, j’entendais parler des Bouches-Du-Rhône comme le berceau de celui-ci, mais j’essayais toujours de me persuader que c’était un fâcheux stéréotype. Et bien non, détrompez-vous, cela est bel est bien une réalité. Je me souviens notamment d’échanges que j’ai eus avec des habitants de quartiers populaires, des co-propriétés laissées à l’abandon par la Mairie, dans lesquelles le chômage et la pauvreté explosent mais avec des militants ou des sympathisants de Guy Teissier, le maire UMP du cinquième secteur de Marseille, 9ème et 10èmes arrondissements. J’ai alors demandé comment cela se faisait, eux qui mieux que quiconque côtoient la misère quotidiennement et qui en sont les témoins les plus parfaits. J’entendais alors pour réponse, le plus naturellement du monde, « quand j’ai besoin d’un appart’, Guy était là, quand j’ai eu besoin de donner un souffle nouveau à mon association, Guy a tout payé et m’a octroyé un synthétique tout neuf pour entraîner mes gamins », et cetera, et cetera. J’étais choquée, abasourdie et outrée de voir à quel point ce genre de pratiques étaient normales au yeux des gens, à quel point c’était monnaie courante et à quel point petit à petit cela se démocratise.

Le panneau numéro 7 des affichages officiels nous était attribué, c’est avec consternation qu j’ai vu qu’à plusieurs reprises Guy Teissier et son équipe de campagne recouvraient nos affiches. Le Front de Gauche leur ferait-il peur? Le Front National, lui, nous a montré son véritable visage, à coup d’intimidations multiples. Notre combat pour l’humanisme se justifiait plus que jamais, ici à Marseille, ville laissée entre les mains des fascistes, ville dans laquelle UMP et Fhaine sont si proches, là où il n’y a aucune frontière.

Violet.

Lorsque j’ai entendu la candidature de Pape Diouf, j’ai cru à une blague. Une blague de très mauvais genre. Depuis quand l’ex patron de l’OM a-t-il la moindre idée des préoccupations de marseillais. Depuis quand a-t-il la moindre idée de la pauvreté qui ronge Marseille et des inégalités qui montent en flèche, lui le bourgeois.
Un samedi après-midi, alors que je me rendais sur mon lieu de travail, il était là, en bas de ma cité, avec ses gardes du corps, sur la terrasse du snack. Tous les jeunes étaient réunis autour de lui, il parlait « de la journée de la femme ». Vous avez compris.
Cette candidature m’insupportait. Il faisait miroiter à ces jeunes livrés à la déscolarisation et au chômage qu’il les ferait réussir.
Plus tard, lorsque nous sommes allés à la rencontre de la population de ma cité, nous avons discuté avec eux de cette apparition et voici l’une de leurs réponses:  » Pape Diouf m’a dit que si je votais pour lui, il le ferait faire des essai à l’OM ». Ou comment instrumentaliser la misère… Ce brave type ne travaille plus chez L’OM et donne de faux espoirs à des jeunes livrés à eux même à des fins carriéristes et électoralistes.
Depuis un an et demi, nous nous battions pour la réouverture du centre social avec les communistes du 10eme arrondissement et beaucoup d’autres agents militants comme Samuel Thomas de La Maison des Potes, il a également eu le culot de leur promettre lui aussi sa réouverture alors que nous ne l’avons jamais vu militer ni entendu parler de ce projet. Définition quasi-parfaite de l’arrivisme.
Au final, cette candidature pseudo de gauche n’a desservi qu’une seule liste: celle du front de gauche, à mon sens, et c’est en cela que j’en veux à la liste violette. Le danger à Marseille c’est JC Gaudin qui depuis vingt ans à mis en ruine notre ville, je ne comprends donc pas, pourquoi porter atteinte si ouvertement au Front de Gauche qui est le seul a avoir pour aspiration de défendre les intérêts des marseillaises et des marseillais.

Blanc…?
Après une longue réflexion et concertation avec moi même, j’ai décidé de voter CONTRE le Fhaine et CONTRE l’UMP au second tour. C’est un choix difficile qui ne signifie en AUCUN cas que j’encense la politique menée au national par le gouvernement « social »-libéral, lui qui, depuis bientôt deux ans n’a cessé de mettre en scène la casse sociale et de prendre des décisions qui vont toujours dans le sens contraire de ce que nous, véritables gens de gauche, appelons socialisme.
Ne serait-ce qu’au regard de ce qui s’est passé ces dernières semaines pour mes camarades professionnels du spectacles, bouffés par le MEDEF via les décisions de GATTAZ acquiescées par le gouvernement, ces décisions sont indignes et honteuses. Lorsque nous sommes sortis dans la rue pour protester, et ce dans plusieurs villes de France, la démocratie a été gazée, mes camarades ont été gazés comme de vulgaires insectes. Si des socialistes sont capables de prendre ce genre de décisions, que peut-on attendre d’élus UMP ou FN?
J’en appelle donc à votre esprit de discernement, réflechissez bien et surtout ne laissons pas notre 5 ème secteur marseillais entre les mains des fascistes, ne laissons pas notre ville à la merci de la haine, ne laissons pas notre pays devenir un bastion d’un libéralisme et d’un capitalisme ascétique qui pratique la chasse au pauvre, à l’homo, à l’immigré, au sans-papiers, à l’ouvrier, au non-chrétien etc, etc…

Aux urnes citoyens…!

Révolutionnairement vôtre,

La Robe Rouge.

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4 réflexions sur “Quatre nuances de municipales.

  1. Pingback: Quatre nuances de municipales. | JOURNAL LE COMMUN'ART

  2. Chère Robe Rouge,
    Je lis tes commentaires, notamment sur le violet. Des points bien vus, un peu de facilité (bourgeois: l’important est-il la valeur d’un homme ou celle de son porte feuille?). mais je voudrais surtout te proposer une réflexion. Ayant discuté avec la CGT Energie, des membres du PC, sur des sujets que je connais(nucléaire, gaz de schistes,..), j’ai quelques doutes sur la perfection absolue du programme du Front de Gauche, notamment sur l’écologie et l’énergie. Mais là n’est pas l’important, car avec des gens de bonne volonté, on peut avancer, et il y a de bonnes choses au Front de Gauche. Tu reproches à la liste Diouf d’avoir desservi le Front de Gauche. Hormis le fait que cette liste est allé chercher plutôt ailleurs et que l’électorat FdG soit relativement fidélisé, est-ce que ce n’est pas plutôt la politique socialiste de droite (et ça se confirme ce soir) qui a desservi la gauche entière? Est-ce en nous critiquant entre écolos, front de gauche, listes civiles de gauche, et en restant chacun dans nos prés carrés en disant que nous sommes les seuls à détenir la vérité que nous avancerons? Ce type de division ne sert que le libéralisme et les partis de droite. Plutôt que les critiques, il vaudrait mieux trouver nos possibilités d’entente et de construction. Aujourd’hui en France il y a 3 grands partis: 2 de droite et un d’extrême-droite. Il y a donc une place libre. Elle sera occupée soit par un ensemble de petits groupes qui auront tous raison mais ne construiront rien, et la vie des plus démunis ne changera pas, ou en pire, soit un grand mouvement regroupé derrière des valeurs, de l’ouverture d’esprit et une volonté d’avancer, en acceptant que l’autre ne soit pas forcément exactement comme on voudrait qu’il soit, mais qu’il a peut-être aussi des idées respectables, et alors il y a des chances d’avancer, au moins au plan local. (Car au plan global, il faut que nous trouvions une solution pour ramener à la raison les aspirations libérales internationales, alors que notre champs d’action n’est que le national. Ce qui est n’est pas des plus simple.) Mais ça veut dire qu’il faut chercher ensemble la vérité: Chez Platon, il faut pour ça la connaissance, la bienveillance et l’écoute de l’autre, et la franchise de dire ce qu’on pense.
    Tu parlais aussi du clientélisme. Une question: La responsabilité du bon fonctionnement des services au public est aux élus. Les dysfonctionnements de ces services font le lit du clientélisme. Et à qui profite le clientélisme? Si les citoyens n’y mettent pas le nez, je ne crois pas que ça s’arrangera tout seul….
    Amicalement.
    Pascal

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