Vivre ensemble… oui, mais comment?

 

Le constat que l’on peut faire depuis quelques années c’est celui d’une crise du vivre ensemble. On divise et on oppose plus qu’on rassemble. On oppose les catégories d’âge, les cultures, les ruraux et les urbains, les politisés et ceux qui ne le sont pas, les ouvriers face aux patrons et surtout on ne s’écoute plus ! Parler de vivre ensemble et poser le débat est déjà un vrai progrès, mais nous manquons tous cruellement de bienveillance et de cette étincelle qui fait de chacun de nous une personne ressource qui peut être force de proposition.

C’est pourtant là que se pose la magie de l’éducation populaire : l’éducation par tous et pour tous ! Chacun de nous a sa petite particularité et sa pierre à apporter à ce gros édifice bancale qu’est notre société.

 Depuis plusieurs décennies, on observe avec inertie la recrudescence des inégalités, de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, en simples spectateurs et nous nous sentons tous un peu déconcertés et dépourvus de moyens et d’outils concrets pour agir.

Ces écarts ne sont pas seulement des inégalités de fait mais des inégalités accentuées par la société, l’Ecole et certaines politiques publiques. C’est d’ailleurs le cas en ce qui concerne la question de traitement entre les territoires. Pour ne prendre que l’exemple francilien, en 2010 l’État a investi 47% de plus pour un élève Parisien que pour un élève de banlieue.

Pourtant, dans ces quartiers, pour les jeunes c’est la triple peine : ils sont davantage touchés par l’échec scolaire et le chômage et les pouvoirs publics ne travaillent pas assez à développer ces territoires afin de pallier ces inégalités croissantes. Depuis plusieurs décennies, les techniciens de l’urbanisme tirent pourtant la sonnette d’alarme en parlant de l’importance de  « l’accompagnement au logis » en terme d’utilités écologiques de base. « Ecologique » entendu dans un sens très large qui signifie simplement mettre à disposition des lieux de vie tous les services et outils nécessaire à une vie correcte et épanouie.

Non seulement nos quartiers se désertifient en terme d’offre culturelle mais les perspectives d’avenir pour les jeunes notamment, sont bien minces, dépourvus d’accompagnement. Ne serait-ce qu’à cet égard, comment vivre ensemble quand il n’y a aucun lieu qui puisse nous unir ? Les maisons de quartiers ont de moins en moins de moyens, certaines, comme cela l’a été dans le quartier dans lequel j’ai grandi, pourtant classé comme quartier prioritaire, ferment sans que l’on n’ait quoi que soit à dire, les lieux culturels deviennent des lieux pour une certaines élite qui a les moyens et les codes pour les fréquenter…

Une société déjà sclérosée par cette crise du vivre ensemble et qui plus est ne se donne même pas les moyens de pacifier les rapports et de rapprocher les individus. Nous partageons les mêmes immeubles, les mêmes quartiers, les mêmes écoles, les même lieux de travail et pourtant au quotidien, c’est chacun chez soi.

Evidemment, à mon sens c’est une volonté de la superstructure d’exacerber cette réalité. Une société de vivre ensemble est une société où les individus ne sont pas un groupe pour soi, mais un groupe en soi ; et il est effectivement plus facile de gouverner et contrôler des groupes atomisés plutôt qu’une seule et même « masse » qui a conscience de ses besoins et qui agit de concert. « Le peuple », « la masse » effraie les puissants, et se fédérer et la crainte la plus grande de nos gouverneurs. Les manifestation contre la loi travail en sont d’ailleurs la parfaite illustration, au delà des enjeux que représente cette loi pour nous tous, c’est le fait que chacun l’ait conscientisé qui effraie d’avantage et le fait de voir des centaines de milliers de personnes se réapproprier la rue.

Toutefois, mêmes ceux qui ne souffrent pas de l’échec scolaire et qui arrivent à prendre le chemin de l’émancipation par l’Ecole, se retrouvent tout de même confrontés à la non maîtrise des codes de notre société et souffrent de ces inégalités discriminantes. Pas seulement pendant la jeunesse d’ailleurs, mais même bien après lorsqu’il s’agit d’accès à l’emploi ou à certaines sphères de notre société. L’insertion citoyenne se trouve être très difficile, et pourtant, quelqu’un qui ne sent pas citoyen d’un même espace n’est pas à même de se rapprocher de l’Autre pour créer quelque chose en commun. Parce que vivre ensemble est indissociable de l’idée de faire ensemble. Et pour cela, la clef de voûte est l’idée de faire société, en intégrant tout le monde.

La réponse à apporter est donc celle d’impulser des dynamiques éducatives locales, à savoir au cœur même de ces quartiers populaires. Parce qu’en réalité comme je vous le disais plus haut, tout passe par l’éducation. Chacun de nous a un enseignement à apporter à autrui et inversement.
Non pas en remplaçant le rôle de l’école, raccourci trop couramment fait, mais en se positionnant comme tiers éducatif en lien avec toutes les composantes de la société, afin de créer de véritables alliances éducatives. C’est faire le pari de l’intelligence en militant pour la laïcité, le respect de l’autre dans la part d’humanité qui nous rapproche mais également dans nos différences. Cette attitude est qui plus est une réponse concrète de développement local, de lien au territoire et de développement humain.

Historiquement, nous avons cette belle chance d’avoir un pays dont l’identité est celle du brassage culturel et de la diversité mais la France est aussi un formidable exemple de société assimilationniste consciente de la bêtise de injonction des citoyens mais qui continue à le faire. Pourtant, tout le monde sait que la richesse culturelle et l’implication de chacun à apporter sa spécificité et le meilleur moyen pour l’inclusion de chacun et le meilleur moyen de remettre chacun dans la place qui lui est due: à savoir celle d’un citoyen responsabilisé et qui se sent responsable de sa société. Malheureusement, notre société est celle de l’infantilisation et celle-ci crée non seulement des frustrations mais en plus elle empêche les individus de prendre part à la res publica. Les ouvriers ne sont pas assez qualifiés pour s’exprimer, les jeunes sont trop jeunes pour avoir des idées intelligentes, les vieux sont trop fatigués, les femmes ne servent qu’à être jolies et faire des bébés, les syndicats et les musulmans sont des terroristes, etc, etc… et je caricature à peine ! Cette crise du vivre ensemble vient aussi de là, les gens sont éduqués de sorte qu’on leur confisque la possibilité d’agir, et ils sont persuadés qu’ils n’ont pas les compétences pour faire ensemble. Sommes nous en démocratie ou pas ? D’où doivent venir les décisions ? Assurément, pas d’en haut ! Ceux qui sont en haut doivent nous représenter et pas décider à notre place. Ainsi, malgré une utilisation dangereuse du Droit par nos décideurs pour faire à notre place et nous diviser, nous avons tout de même aussi une petite part de responsabilité dans cette crise du vivre ensemble car pour beaucoup nous nous sommes auto-censurés dans notre possibilité de faire.

Par ailleurs, nous cautionnons et avons trop longtemps cautionné, que ce soit de la part des grands médias dominants et des décideurs, des discours xénophobes et stigmatisant des groupes de personnes. Pourtant, se taire pour ce genre de choses c’est le légitimer et le normaliser. Nous laissons nos semblables se faire insulter ; alors qu’à mon sens nous sommes aussi responsables que les auteurs de propos qui divisent par notre inertie. Je retiens de Gandhi la phrase  » sois le changement que tu veux voir dans le monde » ; qui pour moi est la réponse la plus intelligente dans ce sujet car nous devons arrêter de se dédouaner et de se dire que c’es à l’Etat, à l’Ecole ou à je ne sais qui d’autre de prendre les bonnes décisions pour tel ou tel sujet. Non ! Il nous incombe à chacun d’être porteur du changement qu’il a envie de voir et surtout de se fédérer avec d’autres pour porter cette idée. C’est en faisant ensemble que nous parviendrons à vivre ensemble et c’est en vivant ensemble que l’on arrivera à être un levier pour changer ce qui ne va pas. Le rapport de force nous paraît insurmontable justement parce que nous n’agissons pas ensemble. Cessons de faire le jeu du libéralisme en étant individualistes.
L’heure du vivre ensemble a sonné !

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Révolutionnairement vôtre,

La Robe Rouge

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Une réflexion sur “Vivre ensemble… oui, mais comment?

  1. Salut!
    Faire société passe assurément par l’écriture de nouveaux récits à partager.
    L’union guerrière, la lutte contre le terrorisme ou l’Euro 2016® ne peuvent faire l’affaire…
    Alors merci de tes mots!

    Quelques réactions au passage:
    A propos de la superstructure.
    Le capitalisme bureaucratique participe en lui-même de la désunion sociale. Par analogie, la division du travail et la séparation des travailleurs administratifs des moyens de productions masquent les modes et les responsabilités de domination d’un côté. Et déshumanisent les formes historiques de solidarités institutionnelles par ailleurs.

    De même, le leurre universaliste comme la conversion récente à une laïcité hypocrite témoignent surtout de la volonté de maintenir et perpétuer l’ordre dominant. C’est en fait le masque de la xénophobie d’état, un agent d’exclusion.

    Dans ce système, les politiques publiques d’exception, censées lutter contre les inégalités, de l’élaboration à leur mise en pratique, m’apparaissent souvent contre-productives. Elles participent justement d’entretenir et légitimer les rapports de dominations/soumissions, avec condescendance et paternalisme. A défaut d’accompagner vers l’émancipation, elles stigmatisent.

    Le grand récit national est à présent dépassé! D’autres récits doivent donc s’écrire. Qui pourraient aussi s’incarner… Mais même ces plus belles figures portent les ambigüités de l’exception.
    De nouveaux récits, et surtout de nouvelles pratiques sont à inventer.

    Or, à propos de l’individualisme ensuite. Ce n’est pas seulement un égoïsme social.
    Ce peut être aussi une forme d’émancipation personnelle. En ce sens, c’est le développement d’un autre rapport à soi, un « souci de soi » particulier, une forme d’éthique individuelle qui est aussi une attention bienveillante à l’Autre, un appel à la connaissance et la compréhension des différences.
    A ce titre, le « vivre ensemble » ne peut prendre sens et effet que par cette voie initialement introspective, pour mener ensuite vers la reconnaissance des identités multiples et des capacités diverses. Faire et se donner confiance.
    Puis pour construire en effet, je te rejoins totalement sur ce point, une nouvelle écologie de proximité. Se réapproprier collectivement son quotidien et son environnement. Et entretenir une forme d’idéalisme renouvelé et partagé.

    GnokonFe

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